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Retraites : n’ayez pas peur, mais ne vous laissez pas endormir

Baisser les pensions : de combien parle-t-on ?
Moody's menace, et certains agitent la peur sur les retraites. Voici les comptes : le système tient. Les 145 milliards que l'État y verse ne sont pas une faveur : il compense sa politique du chômage, ses exonérations, la solidarité votée et ses propres régimes. Et si l'on vient prendre 10 à 20 % des pensions, ce ne sera pas pour sauver les retraites.

Le 23 octobre, l’agence Moody’s a gardé la note de la France, mais sous perspective négative : un abaissement reste sur la table. Ses conditions sont claires : un budget 2027 qui réduise vraiment le déficit. Fitch et S&P nous ont déjà dégradés. Et déjà, certains agitent la peur : « il faudra toucher aux retraites ». Alors voici les comptes. N’ayez pas peur. Mais ne vous laissez pas faire.

Le système tient

En 2025, les retraites ont coûté 422 milliards d’euros, dont environ 400 milliards de pensions versées aux retraités ; le reste, ce sont les frais de gestion et d’autres prestations. Le déficit des caisses de retraite : 5,1 milliards. À peine 1 % des dépenses.

Pour le combler, le Conseil d’orientation des retraites calcule qu’il suffirait d’ajuster les pensions de 1,4 %. Pas 10 %. Pas 20 %. 1,4 %.

Ceux qui vous disent que les retraites vont faire couler la France vous racontent une histoire.

145 milliards : pas une faveur, une compensation

Voilà ce qu’on ne vous dit jamais. Les cotisations sur le travail paient 277 milliards sur 422. Le reste, environ 145 milliards par an, est versé par l’État. On vous le présentera comme une aide, un effort de la Nation envers les retraités. C’est faux. L’État compense ses propres décisions et les engagements qu’il a pris.

Retraites 2025 : d’où viennent les 422 milliards ?

277 milliards viennent des cotisations. Les 145 autres ne sont pas une faveur : l’État compense ses propres décisions et ses engagements.

277
Cotisations sur le travail

Salariés, employeurs, indépendants.

17
La politique du chômage

Les chômeurs relèvent de la responsabilité de l’État. Il verse aux caisses les cotisations qui manquent à cause du chômage.

28
La politique d’exonération

L’État a accordé des exonérations aux entreprises. Il débourse donc à leur place.

21
La solidarité votée

Enfants, parents au foyer, minimum vieillesse, maladie : des engagements pris envers des personnes. La collectivité paie. C’est normal.

60
Les régimes publics

Fonctionnaires 54, régimes spéciaux 6. Peu d’actifs pour beaucoup de retraités : l’État, qui gère ces régimes, compense le décalage.

19
Agriculteurs et compensations entre caisses

Même logique : compenser un déséquilibre démographique. S’y ajoutent les placements.

Milliards d’euros, comptes 2025, à 10 % près. Commission des comptes de la Sécurité sociale (mai 2026), COR (juin 2026), Sénat. Le détail : les chiffres et les sources.

Le déficit des caisses de retraite est de 5 milliards. Le déficit public, lui, dépasse 150 milliards. Le trou n’est pas dans les retraites : il est dans les comptes de l’État.

Ce que compense l’État, ligne par ligne

Ce n’est pas un bloc, et ce n’est pas une faveur. Ce sont des compensations, chacune liée à une décision ou à un engagement de l’État.

  • 17 milliards : sa politique du chômage. Les chômeurs relèvent de la responsabilité de l’État. Quand ils ne travaillent pas, ils ne cotisent pas : l’État verse aux caisses de retraite les cotisations qui manquent.
  • 28 milliards : sa politique d’exonération. L’État a accordé aux entreprises des exonérations de cotisations. Le salarié garde tous ses droits. L’État débourse donc à la place des entreprises.
  • 21 milliards : la solidarité votée. Trimestres pour les enfants, retraite des parents au foyer, minimum vieillesse, périodes de maladie. Ce sont des engagements pris envers des millions de personnes. C’est la collectivité qui paie, par l’impôt. C’est normal.
  • 60 milliards : les régimes publics. 54 milliards pour les fonctionnaires, 6 pour les régimes spéciaux (SNCF, RATP…). Ces régimes sont liés à la gestion de l’État. Il y a peu d’actifs pour beaucoup de retraités : l’État est appelé à compenser ce décalage pour les équilibrer.
  • Environ 19 milliards : les agriculteurs et les compensations entre caisses. Même logique : l’État compense un déséquilibre démographique. S’y ajoutent les placements.

Rien de tout cela n’est un cadeau aux retraités. C’est la facture des choix de l’État.

Les rustines

Chacune de ces compensations bouche un trou que l’État a lui-même creusé, sans jamais l’expliquer. Nous les appelons les rustines. Depuis quarante-cinq ans, chaque fois qu’il manquait de l’argent, on a posé une rustine plutôt que de régler le problème : le manque de travail et de production.

Les plus grosses viennent du chômage et des exonérations : 45 milliards. Chaque chômeur qui retrouve un vrai travail, chaque emploi qui paie ses cotisations, c’est une rustine en moins.

Les retraités ne sont pas des privilégiés

Près des trois quarts de ce que touchent les retraités viennent directement de leur carrière cotisée. La solidarité va d’abord aux plus modestes : elle représente plus de la moitié de la pension du quart le plus pauvre des retraités, et seulement 13 % de celle du quart le plus aisé. Et un retraité sur trois touche moins de 1 100 euros bruts.

Ce ne sont pas les retraités qui ont creusé le trou. Ce sont des décisions qu’on ne leur a jamais expliquées.

Le vrai danger

Si l’on vient vous prendre 10 ou 20 % de votre pension, ce ne sera pas pour sauver les retraites. Leur déficit réel est très faible : un ajustement de 1,4 % suffit à le combler. Dans le privé, on est pratiquement à l’équilibre.

Les déficits, quand ils existent, sont dans les retraites du secteur public et les régimes spéciaux. Et là, l’État a des obligations envers ses propres agents.

Si l’on touche à vos pensions, ce sera parce que l’État aura besoin de cet argent pour boucher d’autres trous, plus urgents. Ce serait faire payer aux retraités la facture de ses propres décisions.

L’État ne peut plus prendre davantage sur le travail : on l’a vu dans la rue. Les marchés et les agences de notation exigent de réduire le déficit. Si l’on touche aux pensions, ça se fera doucement, après vous avoir rassurés pendant quarante-cinq ans : « on ne touchera à rien ».

Ne croyez pas que vous vous en tirerez mieux que les autres avec une petite niche fiscale. Si rien ne change, tout le monde y passera.

Ne vous laissez pas faire : exigez les comptes

Avant de vous demander le moindre effort, l’État doit vous montrer ses comptes. C’est l’article 15 de la Déclaration de 1789 : la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

  1. Votre relevé de retraite doit dire la vérité : vos trimestres cotisés, vos trimestres de solidarité, et qui les paie.
  2. La solidarité doit être votée ligne par ligne, avec sa recette, jamais à crédit.
  3. Les exonérations doivent être recentrées là où elles créent vraiment des emplois.
  4. Il faut produire. Il manque à la France des millions d’emplois par rapport à ses voisins. Chaque emploi créé fait rentrer des cotisations et éteint une rustine. C’est le seul chemin qui ne fait pas de victimes.

La vraie question n’est pas « vont-ils toucher à ma retraite ? ». C’est : que faisons-nous pour que nos enfants et nos petits-enfants restent en France ? Il faudra peut-être faire un petit effort. Mais à condition qu’on nous dise la vérité, et que ce soit nous qui décidions.

N’ayez pas peur. Ne vous laissez pas endormir. Reprenons la main.

Chiffres 2025 : Conseil d’orientation des retraites (juin 2026), Commission des comptes de la Sécurité sociale (mai 2026), Drees, Insee. Ordres de grandeur à 10 % près.

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