Reprenons la main

Comprendre pour ne pas subir

Ça dépend de vous : que ça continue, ou que ça change.

Rien n’est perdu si nous osons.

Osons les chemins du redressement

On a compris ce qui s’est passé. Maintenant, que peut-on faire ? D’abord, poser les bonnes questions.

On a compris l’enchaînement qui nous a conduits là. Pour débloquer la situation, il faut maintenant y voir clair : quelles voies s’ouvrent à nous ? Cela commence par oser les bonnes questions, puis par remettre sur la table quelques règles de bon sens.

Oser les bonnes questions

Ceux qui ont décidé hier peuvent-ils encore nous dire quoi faire ? Pendant 45 ans, des gouvernements de droite comme de gauche ont pris les mêmes décisions : cacher le chômage, emprunter pour payer sans vraiment l’expliquer, étaler la dette sur nos enfants. Sans jamais solliciter vraiment le consentement des Français. Ils savaient bien qu’en expliquant trop, ils risquaient d’être désavoués. Ils ont dissimulé.

Où étaient nos représentants ? Les choses se disaient à l’Assemblée. Mais les parlementaires ont perdu de vue qu’ils sont d’abord et avant tout les représentants du peuple : ils sont devenus les auxiliaires du gouvernement. Un auxiliaire ne secoue pas le cocotier. Et quand on vient soi-même du gouvernement ou de l’administration, ou qu’on espère y faire carrière après son mandat, on le secoue encore moins. Il nous faut des représentants indépendants, qui n’attendent ni avancement ni reclassement.

Pourquoi ont-ils rendu des comptes au minimum ? La Déclaration de 1789 est claire : « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. » Un responsable doit rendre compte de lui-même, pas seulement répondre quand on l’interroge. Mais tout un écosystème l’en a dispensé : une presse qui explique peu, ou qui explique pour les bac+5 et laisse de côté la grande majorité des Français ; des entretiens télévisés bordés, où aucune question ne sort du cadre ; des électeurs à qui l’on ne demande que : droite ou gauche, Pierre ou Marcel ? On ne leur demande leur avis que pour qu’ils disent oui. Un régime qui viserait l’émancipation des citoyens les informerait proprement.

2005-2008 : pourquoi fallait-il changer notre vote ? La Constitution le dit en toutes lettres : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » En 2005, 15,5 millions de Français disent non. En 2008, 560 parlementaires réunis en Congrès ouvrent la voie à un traité qui reprend l’essentiel du texte refusé. On nous a dit : ça bloquait l’Europe. Mais le problème n’était pas le non. Le problème, c’était ce que signifiait ce non. Si l’on avait cherché à le comprendre, nous aurions peut-être une Europe plus lisible, plus facile à comprendre et à piloter. Ce jour-là, la confiance s’est brisée.

Comment la République laisse-t-elle renaître des privilèges ? Voiture, chauffeur, logement de fonction, retraite assurée. On passe d’un mandat à un ministère, d’un ministère à un conseil, puis on revient dans son administration d’origine. Un ancien Premier ministre, condamné en 2004 dans une affaire d’emplois payés par la mairie de Paris, siège depuis 2019 au Conseil constitutionnel. La Constitution fait des anciens présidents des membres à vie de ce Conseil, et déclare cette fonction incompatible avec un mandat de parlementaire : un ancien président siège pourtant aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Et pourquoi ceux qui votent la réforme des retraites bénéficient-ils d’un régime à part ? Tout cela au mépris de la Déclaration de 1789, pour qui les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur « l’utilité commune ». Faudra-t-il une nouvelle nuit du 4 août ?

Retrouver des règles de bon sens

On ne meurt pas avec des dettes. On prend ses dispositions, on fait ses arrangements, pour ne rien laisser à régler derrière soi. Un pays qui laisse sa dette à ses petits-enfants a oublié cette règle.

On paie son médecin. Pas pour régler une facture : parce que la communauté a besoin de lui. Au village, celui qui soignait ne labourait pas, ne trayait pas les vaches, ne gardait pas les moutons. La communauté le nourrissait, le logeait, lui permettait d’élever sa famille, parce que sans lui c’est tout le village qui était en danger. C’était déjà une assurance : la communauté prenait soin du médecin, parce que le médecin prenait soin de la communauté. Le numerus clausus a fait l’inverse : on n’avait plus les moyens de payer les médecins, alors on en a réduit le nombre. Résultat : les déserts médicaux. Le problème n’est pas que la santé coûte cher. C’est d’aller chez le médecin quand on en a besoin, pas pour un petit bobo.

On prend soin des plus fragiles. Dans les fermes, celui qui était plus faible que les autres avait sa place. Il donnait un coup de main, on lui donnait le gîte et le couvert. Sa famille s’en occupait, et à défaut les voisins. C’est cela, la fraternité : aider celui qui ne peut pas retrouver seul son autonomie.

Ces règles n’étaient pas de la dureté. C’était du respect : pour ses enfants, pour ceux qui soignent, pour les plus fragiles.

Oser l’idée : chercher des sources, pas des réservoirs

Imaginez une maison au bord d’une rivière. La rivière prend sa source dans les collines, et l’on a construit un réservoir pour les coups durs. Vient une sécheresse : la rivière s’arrête. On puise dans le réservoir, en se disant que ça ne durera pas. Mais ça dure. Le réservoir se vide, et personne ne va voir pourquoi la source s’est tarie, ni s’il en existe une autre. Alors on va puiser chez le voisin, dont le réservoir est plein : on emprunte. Aujourd’hui, la rivière est toujours à sec, notre réservoir est vide, et le voisin commence à dire : ça suffit.

C’est l’histoire de la France depuis 1980. La source, c’est le travail et la production. Le réservoir, c’est ce qu’on avait accumulé, puis ce qu’on a emprunté. Ceux qui ne parlent que de taxer les patrimoines regardent le réservoir, jamais la source, comme si l’eau s’y était accumulée toute seule. Et d’autres nous disent : trouvons de nouveaux réservoirs, et tout sera réglé. Non. Un réservoir, ça se vide. L’urgence, c’est de retrouver des sources.

C’est là que 1789 redevient indispensable : la Déclaration remet la liberté et l’initiative du citoyen au cœur du pays. Libre, chacun peut partir à la recherche de nouvelles sources.