Sur 100 jeunes de 18 à 29 ans qui ont quitté l’école, 40 n’ont pas de vrai travail. Ils sont au chômage, rangés dans un dispositif d’attente, ou ils ne sont comptés nulle part.
Officiellement, le chômage des 15-24 ans atteint déjà 21,6 % au 2e trimestre 2026 : 740 000 jeunes, 2,5 points de plus en un an. C’est énorme. Et ce n’est que la partie visible.
Eurostat, l’office statistique européen, compte lui-même 27,4 % de jeunes de 15 à 29 ans qui voudraient travailler, ou travailler plus, et ne le peuvent pas. Pour l’ensemble des Français, ce taux est de 15,4 %, presque le double des 8,3 % annoncés.
Ces jeunes ne peuvent pas construire leur vie : pas de vrai salaire, pas de logement à eux, et des années qui ne compteront pas pour leur retraite.
Ce que disent les chiffres officiels
Les chiffres officiels disent déjà qu’un jeune actif sur cinq est au chômage. Ils disent aussi, quand on va les chercher, que la réalité est bien pire.
| Indicateur | Taux | Qui est compté | Source |
|---|---|---|---|
| Chômage, ensemble | 8,3 % | actifs de 15 ans et plus, sans emploi et cherchant activement | Insee, T2 2026 |
| Chômage, 15-24 ans | 21,6 % | 740 000 jeunes | Insee, T2 2026 |
| Sous-utilisation du travail, ensemble | 15,4 % | 5,1 millions : chômeurs + ceux qui veulent travailler sans être comptés + temps partiels subis | Eurostat, T2 2026 |
| Sous-utilisation du travail, 15-29 ans | 27,4 % | même mesure, jeunes | Eurostat, T2 2026 |
| Sous-utilisation du travail, 15-24 ans | 35,7 % | même mesure, plus jeunes | Eurostat, T2 2026 |
Pourquoi le taux officiel reste si bas ? Parce que la norme internationale ne compte comme chômeur que celui qui n’a travaillé aucune heure dans la semaine, cherche activement et peut commencer tout de suite. Un jeune en stage, en formation, en contrat aidé ou en apprentissage n’est pas chômeur. Un jeune découragé qui ne cherche plus non plus.
La norme est la même partout. Mais à partir du moment où l’on multiplie les cases dans lesquelles on range les jeunes, on change ce que la norme mesure.
Notre calcul : 100 jeunes, une règle simple
On part de 100 jeunes de 18 à 29 ans. On retire ceux qui font encore des études, 27 sur 100, et les apprentis de 18-19 ans, qui sont encore en formation initiale. Il reste 73 jeunes qui ont quitté l’école. C’est sur eux que porte le calcul.
Un vrai travail, c’est un contrat (CDI, CDD, intérim, fonction publique), un vrai salaire, des cotisations payées et des trimestres de retraite. Tout le reste est rangé dans une case.
Sur 100 jeunes sortis de l’école, vers 2024 :
- 55 ont un vrai travail ;
- 5 sont à leur compte ;
- 9 sont au chômage, au sens officiel ;
- 19 sont dans un dispositif d’attente ;
- 11 sont invisibles : ni emploi, ni études, ni comptés comme chômeurs.
Chômage, dispositifs et invisibles : 39 sur 100, soit 4 jeunes sur 10.
Les dispositifs d’attente se décomposent ainsi :
| Dispositif | Sur 100 jeunes sortis de l’école |
|---|---|
| Apprentissage passé 20 ans | 8,9 |
| Formation sans emploi | 6,6 |
| Contrats de professionnalisation et stages | 2,3 |
| Contrats aidés | 0,7 |
| Autres situations sans contrat | 0,5 |
| Total | 19,0 |
Un apprenti de 25 ans est compté comme en emploi par la statistique. Il touche pourtant une fraction du SMIC, dans un contrat dont l’État paie une grande partie. Ce n’est pas un chômeur. Ce n’est pas non plus un vrai travail.
1985 et aujourd’hui
En quarante ans, le vrai travail a reculé de dix points, et les dispositifs d’attente ont presque triplé. Le chômage officiel, lui, a baissé : la différence est partie dans les cases.
Les invisibles
11 jeunes sur 100 sortis de l’école ne sont nulle part : ni en emploi, ni en études, ni comptés comme chômeurs. On les oublie dans tous les débats.
Ce ne sont pas des paresseux. Une partie est malade ou handicapée, une autre s’occupe d’un enfant ou d’un parent. D’autres ont fini par ne plus chercher, découragés par des mois de refus.
Avant 25 ans, un jeune sans emploi n’a en principe pas droit au RSA. Il lui reste, au mieux, l’allocation du contrat d’engagement jeune, tant qu’il suit le programme. Ensuite, plus rien.
Ce que coûte l’attente
L’attente se paie deux fois : aujourd’hui, parce qu’on ne peut pas construire sa vie, et à la retraite, parce que ces années ne comptent pas.
Aujourd’hui. Sans vrai salaire, pas de bail, pas de projet, pas d’enfant. À Toulouse, un deux-pièces se loue près de 800 € charges comprises : plus du tiers de la paie d’un jeune cadre, bien plus pour les autres. Pour un jeune en stage ou en formation, c’est hors de portée.
À la retraite. En 2026, il faut gagner 1 803 € brut dans l’année pour valider un trimestre. Un stage, le RSA, l’allocation du contrat d’engagement jeune ne valident aucun trimestre.
| Génération | Trimestres validés à 30 ans, en moyenne |
|---|---|
| Nés en 1950 | 43,1 |
| Nés en 1986 | 31,4 |
Douze trimestres de moins à 30 ans : trois ans de retard, qu’il faudra rattraper ou payer en décote.
Nous avons fait le calcul pour toutes les générations nées de 1960 à 2005. Il manque environ 44 millions de trimestres. Les rendre coûterait environ 180 milliards d’euros en valeur d’aujourd’hui, avec un pic d’environ 5,5 milliards par an vers 2046. C’est une dette cachée, que personne n’inscrit nulle part.
Le même procédé qu’avec les anciens
Depuis quarante ans, on traite le chômage par les deux bouts de la vie active : on fait partir les anciens plus tôt, et on fait attendre les jeunes.
Côté anciens, ce furent les préretraites, puis la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 55 ans, supprimée seulement en 2012. Côté jeunes, les travaux d’utilité collective en 1984, puis une longue suite de contrats aidés, de stages, de formations et de programmes.
Dans les deux cas, le résultat est le même : le taux de chômage a l’air moins grave. Ces mesures ont pu aider à passer un cap. Elles n’ont jamais créé le travail qui manquait. Et elles ont un coût, que l’on retrouve aujourd’hui dans les comptes des retraites et dans la dette.
Aucun gouvernement n’a gagné la bataille du chômage. On l’a camouflée dans des cases.
Ce que nous pouvons faire
La première des réformes, ce n’est pas de couper. C’est de trouver du travail pour tout le monde.
Ceux qui proposent de couper viennent rarement avec un diagnostic. Demandez-leur pourquoi il faut couper, et ce que les coupes vont produire. Couper sans créer de travail, c’est renvoyer encore plus de jeunes dans les cases.
Le travail viendra des entreprises, de la créativité et de l’audace des jeunes. Et d’une occasion unique : 370 000 entreprises sont à transmettre d’ici 2030, avec 3 millions d’emplois. L’entreprise du grand-père, du père ou du voisin peut devenir celle d’un jeune, si on l’y prépare et si on l’y aide.
Nous, les anciens, avons notre part. Nous connaissons les métiers, les entreprises, les réseaux. Et nous votons : nous sommes 17 millions de retraités, et plus d’un électeur sur trois a plus de 60 ans. Si nous laissons faire n’importe quoi, le pays ira mal, et nos enfants et petits-enfants en paieront le prix.
Si nous ne faisons rien pour eux, qui le fera ? Reprenons la main.
Méthode et sources
Tous les chiffres viennent de sources publiques ; seuls l’assemblage et la règle de classement sont les nôtres. Le détail des calculs est sur la page « Les jeunes dans les cases : les chiffres et les sources ».
- La règle. 100 jeunes de 18 à 29 ans. On retire les étudiants et les apprentis de 18-19 ans. Chaque jeune restant est classé une seule fois : vrai travail, à son compte, chômage au sens officiel, dispositif d’attente, ou invisible. 1985 et 2024 sont calculés avec la même règle.
- Les arrondis. Les parts sont arrondies à l’unité ; leur somme peut faire 99 ou 101.
- La dette en droits. Carrière au SMIC, départ à 64 ans, paramètres de retraite de 2026. Fourchette : de 50 milliards (départ à 67 ans) à 340 milliards (rattrapage plus faible).
Sources :
- Insee, Chômage au 2e trimestre 2026
- Insee, Enquête Emploi, séries longues sur le marché du travail
- Eurostat, sous-utilisation du travail (main-d’œuvre élargie), T2 2026
- Dares, Emploi et chômage des jeunes, séries depuis 1975
- Depp, L’apprentissage au 31 décembre 2024
- Drees, Le contrat d’engagement jeune
- Assurance retraite, validation des trimestres en 2026
- Insee, Inscrits sur les listes électorales en 2026
- Drees, retraités et retraites, effectifs fin 2024
- Bpifrance Le Lab, transmission d’entreprises à l’horizon 2030 (via CCI Lyon Métropole)
- Studapart, loyers à Toulouse en 2026
