Cette page donne les calculs et les sources de l’article « 40 % des jeunes n’ont pas de vrai travail ». Tout le monde peut refaire les chiffres.
Depuis 1975 : l’emploi ordinaire s’effondre, les dispositifs prennent le relais
En 1975, un jeune de 15 à 24 ans sur deux avait un emploi ordinaire. En 2025, moins d’un sur quatre. La baisse s’arrête au milieu des années 1990 et ne se rattrape jamais. Ce qui progresse, c’est la part des emplois aidés et de l’alternance : elle passe de 4 % des jeunes en emploi en 1975 à plus de 30 % depuis 2022.
Une partie de la baisse vient de l’allongement des études : les jeunes entrent plus tard sur le marché du travail. C’est pour cette raison que notre calcul principal porte sur les jeunes qui ont quitté l’école.
La règle de classement
On part de 100 jeunes de 18 à 29 ans. Chaque jeune est classé une seule fois, dans l’ordre suivant :
- En études : élèves, étudiants, et apprentis de 18-19 ans encore en formation initiale.
- Emploi ordinaire : CDI, CDD, intérim ou fonction publique, sans aide spécifique à l’emploi des jeunes.
- À son compte : indépendants, micro-entrepreneurs.
- Chômage : au sens du BIT, tel que l’Insee le mesure.
- Dispositif d’attente : apprentissage passé 20 ans, formation sans emploi, contrats de professionnalisation et stages, contrats aidés, autres situations sans contrat.
- Invisibles : ni emploi, ni études, ni chômage.
| Situation | Sur 100 jeunes de 18-29 ans | Sur 100 jeunes sortis de l’école |
|---|---|---|
| En études | 26,9 | – |
| Emploi ordinaire | 40,4 | 55 |
| À son compte | 3,8 | 5 |
| Chômage (BIT) | 6,7 | 9 |
| Dispositifs d’attente | 13,9 | 19 |
| Invisibles | 8,2 | 11 |
| Sans vrai travail (chômage + dispositifs + invisibles) | 28,8 | 39 |
La deuxième colonne ramène les 73 jeunes sortis de l’école à une base de 100. Les arrondis expliquent que certaines sommes fassent 99 ou 101.
Le détail des dispositifs d’attente, sur 100 jeunes de 18 à 29 ans : apprentissage passé 20 ans 6,5 ; formation sans emploi 4,8 ; contrats de professionnalisation et stages 1,7 ; contrats aidés 0,5 ; autres situations sans contrat 0,4.
Ce qui est mesuré et ce qui est estimé. La population, la scolarisation, le chômage, les jeunes ni en emploi ni en études et les apprentis sont des chiffres publiés (Insee, Depp, Dares). La répartition fine entre emploi ordinaire et dispositifs est un assemblage de ces sources, avec une marge d’un à deux points.
1985 et vers 2024, avec la même règle
| Situation, sur 100 jeunes de 18-29 ans | 1985 | Vers 2024 |
|---|---|---|
| En études | 16,8 | 26,9 |
| Emploi ordinaire | 54,0 | 40,4 |
| À son compte | 4,5 | 3,8 |
| Chômage (BIT) | 11,0 | 6,7 |
| Dispositifs d’attente | 2,3 | 13,9 |
| Service militaire | 3,2 | – |
| Inactifs (« invisibles ») | 8,0 | 8,2 |
Ceux qui attendent (chômage, dispositifs, service militaire) passent de 16,5 à 20,6 jeunes sur 100. En 1985, les inactifs étaient surtout des jeunes femmes au foyer ; aujourd’hui, ce sont surtout des jeunes empêchés, malades ou découragés.
Le chômage officiel des jeunes a baissé entre 1985 et aujourd’hui. Mais les dispositifs ont été multipliés par six : la différence est partie dans les cases.
Les cases depuis 1977
| Période | Dispositif | Statut | Bénéficiaires connus |
|---|---|---|---|
| 1977-1981 | Pactes pour l’emploi des jeunes | Embauches exonérées, stages | Environ 550 000 jeunes en 1977 |
| 1984-1990 | TUC (travaux d’utilité collective) | Stagiaire, environ 1 250 F/mois | 1,7 million de stages, plus d’un million de personnes |
| 1985-1992 | SIVP | Stagiaire | Environ 300 000 stages par an |
| 1986 | Plan d’urgence | Embauches exonérées | 838 000 embauches de mai à décembre |
| 1997-2002 | Emplois-jeunes | Salarié aidé | Environ 220 000 postes, plus de 20 Md€ |
| 2005-2016 | CIVIS | Accompagnement | 1,06 million de 2005 à 2010 |
| 2012-2018 | Emplois d’avenir | Salarié aidé | 364 000 jeunes |
| 2013-2021 | Garantie jeunes | Allocataire | Environ 654 000 entrées |
| 2020-2022 | Plan « 1 jeune 1 solution » | Aides à l’embauche | Près de 10 Md€ sur 18 mois |
| 2022- | Contrat d’engagement jeune (CEJ) | Allocataire, jusqu’à 552 €/mois | 792 000 entrées de mars 2022 à septembre 2024 |
Chaque plan a eu son nom, son budget et son annonce. Aucun n’a ramené l’emploi ordinaire des jeunes à son niveau de 1975.
Ce qui valide des trimestres de retraite, et ce qui n’en valide pas
| Situation | Trimestres de retraite |
|---|---|
| Emploi ordinaire (au moins 1 803 € brut par trimestre en 2026) | Oui |
| Apprentissage (contrats depuis 2014) | Oui, pour toute la durée du contrat |
| Contrats aidés | Oui, comme un salaire |
| Chômage indemnisé | Oui, trimestres assimilés |
| TUC (1984-1990) | Oui, mais seulement depuis la régularisation de 2023 |
| Service militaire | Oui |
| Stage d’études | Non (rachat limité possible) |
| RSA | Non |
| Allocation du contrat d’engagement jeune | Non |
| Chômage non indemnisé | Non (sauf première période limitée) |
Résultat, selon la Drees : à 30 ans, la génération née en 1950 avait validé en moyenne 43,1 trimestres ; celle née en 1986, 31,4. L’allongement des études en explique une partie, l’insertion difficile l’autre.
Le passif potentiel de retraite
Question posée : combien coûterait une régularisation générale des trimestres manquants, comme celle accordée aux TUC en 2023 ? Ce n’est pas une dette déjà due. C’est l’exposition, chiffrée avant qu’elle se matérialise.
La mécanique du calcul.
- Pour chaque génération née de 1960 à 2005, on compte les jeunes sans droits entre 18 et 29 ans, année par année.
- On en déduit les trimestres non validés : 4 par année et par jeune sans droits.
- On retire la part rattrapée plus tard dans la carrière.
- On valorise le reste au coût d’un trimestre rendu, puis on ramène tout en valeur 2026.
Les hypothèses, fixées une fois pour toutes :
- Qui est compté. Les jeunes de 18 à 29 ans inactifs hors études, les chômeurs non indemnisés et les stagiaires qui ne cotisaient pas (TUC, SIVP…). Les apprentis, les contrats aidés et les chômeurs indemnisés, qui valident des trimestres, ne sont pas comptés.
- Le rattrapage. 81 % des trimestres manquants sont rattrapés plus tard ; le reste manque au départ. Ce taux est calé sur la décote observée pour la génération 1953.
- Le coût d’un trimestre rendu. Carrière au SMIC, départ à 64 ans, règles de 2026 : environ 242 € de pension par an, soit environ 4 900 € sur toute la retraite.
- L’actualisation. Les montants futurs sont ramenés en valeur 2026 au taux d’emprunt de l’État.
| Résultat | Valeur |
|---|---|
| Trimestres manquants au départ | environ 44 millions |
| Passif potentiel, valeur 2026 (scénario central) | environ 180 Md€ |
| Coût annuel maximal | environ 5,5 Md€ par an, vers 2046 |
| Si le départ se fait à 67 ans | environ 50 Md€ |
| Si le rattrapage n’est que de 70 % | environ 340 Md€ |
Ces hypothèses ne changent pas d’une publication à l’autre : le chiffre ne bouge que si l’on décide d’en changer une.
Les limites
- La part des jeunes sans droits avant 2000 est estimée, à deux points près.
- Le taux de rattrapage n’est pas mesuré directement : il est calé sur une génération déjà partie.
- Les trimestres rendus par d’autres voies (enfants, aidants, parents au foyer) ne sont pas retirés.
- Pour 2024 et 2025, la part des emplois aidés et de l’alternance chez les jeunes n’est pas encore publiée : celle de 2023 est reconduite.
Sources
- Insee, taux d’emploi par âge, séries longues (Insee Première n° 2096, 2026)
- Insee-Dares, Formations et emploi 2025 : emplois aidés et alternance des jeunes
- Insee, Enquête Emploi, séries longues
- Insee, Chômage au 2e trimestre 2026
- Depp, L’apprentissage au 31 décembre 2024
- Dares, Emploi et chômage des jeunes, séries depuis 1975
- Drees, Le contrat d’engagement jeune
- Drees, Études et résultats n° 1239 : trimestres validés à 30 ans
- Assurance retraite, validation des trimestres en 2026
- Assemblée nationale, communication sur les TUC
