7.200 milliards : où sont-ils passés ?

7 200 milliards d'euros de plus en 45 ans. Où sont-ils ? Plus de 1 000 milliards d'intérêts : où sont passés les 7.200 milliards ?

Nous avons cherché. Nous avons trouvé.

Rappelons d’abord ce qu’est ce chiffre. Ce n’est pas une cagnotte cachée quelque part. C’est l’addition de deux choses : 3 300 milliards prélevés en plus par rapport à 1980, et 3 900 milliards de déficits accumulés malgré cela.
7.200 milliards de plus, en quarante-cinq ans.

Alors, où sont-ils ?

Tout commence dans les usines.
Au début des années 1980, elles ferment. La sidérurgie, les mines, le textile, puis l’automobile. Des centaines de milliers d’emplois disparaissent. Le climat social est explosif.
Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, vont faire un choix : amortir le choc. Et pour cela, agir sur les deux bouts de la vie active.

Faire sortir plus tôt.
En 1982, la retraite passe à 60 ans. En même temps, les préretraites se multiplient : des salariés de 55 ans, parfois moins, quittent l’usine avec un revenu jusqu’à la retraite.
À l’époque, on l’écrit noir sur blanc : faire partir les anciens libérera des emplois pour les jeunes.
L’expérience montrera que ce n’était pas vrai.

Et la retraite change de nature. Pour nos grands-parents, c’était une retraite de complément : un revenu modeste, pendant quelques années. Elle devient une retraite de remplacement : un revenu proche du salaire, pendant vingt ans, parfois trente.
C’est une conquête sociale considérable.
C’est aussi le premier poste de la facture : 2 500 milliards.

Faire entrer plus tard.
À l’autre bout, on garde les jeunes plus longtemps à l’école et à l’université. Objectif : 80 % d’une génération au bac.
C’est un progrès. C’est aussi quelques années de plus avant de travailler, avant de cotiser, et avant d’apparaître dans les chiffres du chômage.
500 milliards.

Accompagner ceux qui restent entre les deux.
Les préretraites, les allocations chômage, les formations, les reconversions, le RMI devenu RSA, les aides au logement, les prestations familiales.
Quand un emploi disparaît, la personne, elle, reste. Il faut qu’elle vive.
800 milliards.

Soigner.
Nous ne sommes pas devenus plus malades. Nous soignons ce qui tuait autrefois. Des cancers, des maladies cardiaques, le diabète se soignent désormais pendant des années. Les traitements coûtent plus cher, nous vivons plus vieux, et la couverture a été étendue à ceux qui n’en avaient pas.
1 400 milliards.

Faites le compte. 2 500 + 500 + 800 + 1 400.
5 200 milliards. Plus de sept euros sur dix.
Pour faire sortir plus tôt, entrer plus tard, accompagner entre les deux, et soigner.

Et puis il y a le loyer de l’argent.
Tout cela n’a pas été payé comptant. Les recettes ne suffisaient pas. L’État a emprunté. Chaque année. Pendant 45 ans.

Et l’argent emprunté se paie.
On nous a longtemps expliqué que la dette était une affaire technique, réservée aux spécialistes.
Voici l’affaire technique : 1 100 à 1 200 milliards d’intérêts en plus. Pas pour soigner. Pas pour construire. Pas pour enseigner.
Pour payer le loyer de notre propre dette.
Presque autant que tout ce que nous avons mis en plus dans la santé.

Et l’industrie ?
Celle qui fermait. Celle dont la disparition a tout déclenché.
Nous avons cherché l’argent réellement versé pour la soutenir ou la reconstruire.
L’État l’a aidée, parfois massivement, pendant les grandes restructurations : sidérurgie, charbon, chantiers navals. Puis cet effort est retombé.
Sur quarante-cinq ans, par rapport à 1980 : moins de 100 milliards de plus.

Moins de 100 milliards d’un côté. 5 200 de l’autre.

On a soigné les blessés. On n’a pas reconstruit l’usine.

Et ce qui pouvait attendre a attendu.
Une pension doit tomber à la fin du mois. Un remboursement de soins aussi. Une allocation aussi.
Un pont, lui, peut attendre. Un an. Puis encore un an. Puis cinq.
Pendant quarante-cinq ans, la part de notre richesse consacrée à l’investissement public a reculé.

En 2019, le Sénat estimait qu’au moins 25 000 ponts routiers étaient en mauvais état.
Personne n’a décidé de laisser vieillir les ponts. Il a simplement toujours été plus facile de repousser une réparation que de retarder une pension.

Le compte

Milliards d’euros 2025
Retraites≈ 2 500
Santé≈ 1 400
Chômage, préretraites, RSA, logement, famille≈ 800
Études plus longues≈ 500
Intérêts de la dette en plus≈ 1 100 à 1 200
Autres dépenses, non ventilées≈ 800 à 900
Industrie, en plusmoins de 100
Total≈ 7 200

Voilà où sont passés les 7.200 milliards.
Ils n’ont pas été volés. Ils n’ont pas été gaspillés. Ils ont protégé des millions de gens.
Et ils ont laissé la dette à 115,7 % de notre production, des ponts fatigués, et une industrie qui pèse deux fois moins qu’en 1980.

Nous avons protégé le présent. Nous n’avons pas reconstruit ce qui devait le financer.Pouvait-on faire autrement ?.

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