Depuis quarante-cinq ans, on a tous espéré.
À chaque élection, on y a cru un peu. On allait réduire la « fracture sociale ». On allait « travailler plus pour gagner plus ». Le « véritable adversaire », c’était la finance. Les slogans ont changé, mais pas les réflexes. Face au chômage, on a compensé et on a amorti, pour ne pas passer pour le méchant. Le premier souci des gouvernants était de durer, et les réformes qu’il aurait fallu faire n’ont pas été faites.
Puis la confiance s’est cassée.
En 2005, les Français ont dit non au traité constitutionnel européen. Deux ans plus tard, le traité de Lisbonne en reprenait l’essentiel, voté par le Parlement sans nous redemander notre avis. Le message reçu par le pays était simple : « Votez ce que vous voulez, on sait mieux que vous. Et nous aurons toujours le dernier mot. » Depuis, la confiance entre les Français et leurs dirigeants est si abîmée que beaucoup ne se déplacent plus pour voter, et que d’autres n’ont plus qu’une idée : changer les responsables.
Ensuite, les verrous ont sauté un par un.
L’article 38 permet au gouvernement de faire la loi lui-même par ordonnances. C’était une mesure d’exception, elle est devenue une habitude. Le 49.3 permet de faire passer un texte sans vote. C’était un outil de dernier recours, et c’est devenu la façon normale de faire passer un budget.
Le budget 2026, encore, est passé au 49.3 avec plus de 150 milliards de déficit. L’article 14 de la Déclaration de 1789 dit pourtant que les citoyens consentent l’impôt « par eux-mêmes ou par leurs représentants ». Or un déficit, c’est de l’impôt différé. Quand on l’adopte sans vote, personne n’y a consenti. Et la vraie question est celle-ci : peut-on imposer cette charge à des enfants qui n’ont pas encore l’âge de voter, mais qui paieront ? Leur consentement futur mérite d’être protégé.
Il devrait y avoir une règle simple : tout budget adopté sans vote, au 49.3, devrait être obligatoirement en équilibre. Si l’on veut emprunter, on passe devant les représentants des Français.
Et ce sont toujours les mêmes.
Les mêmes têtes, les mêmes écoles, les mêmes partis depuis quarante ans. Ce n’est pas du dégagisme de le dire, c’est un constat. Pour beaucoup d’entre eux, la politique ne comporte aucun risque : en cas de défaite, ils retrouvent leur administration d’origine. C’est légal, et c’est bien le problème. On ne gouverne pas de la même façon quand on n’a rien à perdre.
Les programmes sont des campagnes de communication et de marketing. On segmente l’électorat, on adapte les promesses à chacun, à ce qu’il est prêt à entendre et à croire, et on évite les sujets compliqués : les comptes, l’avenir du pays, l’avenir de nos enfants. En 2027, deux anciens Premiers ministres seront peut-être candidats à la présidence, alors qu’ils ont déjà eu les manettes et n’ont engagé aucune réforme de fond.
Le résultat, on le connaît d’avance.
Depuis plusieurs élections, on ne choisit plus le premier. On choisit le moins mauvais, celui qui fera barrage. On élit le meilleur second : un président élu par défaut. Même si tout est légal, il n’a pas la légitimité pour faire les réformes difficiles. Il ne peut pas les faire. Et la boucle recommence.
Alors, qui ?
Quelqu’un qui n’est pas encore candidat, et qui ne le sait peut-être pas encore. Son portrait tient en sept traits.
- Il dit la vérité au pays, en toutes circonstances. Sur les comptes, sur la dette, sur ce qui nous attend. Pas de slogans, pas de com.
- Il applique vraiment 1789. Des comptes publics que chacun peut lire, des responsables qui rendent des comptes, des pouvoirs vraiment séparés, des Français associés aux décisions qui les concernent.
- Il n’est lié à aucune fidélité politique ancienne. Il ne doit rien à un parti ni à un clan. Il connaît le monde du travail et sait ce que coûte une décision.
- Il vise une vraie légitimité. Pas une élection par défaut, mais la confiance d’une large majorité, parce que les réformes qui viennent l’exigent : retraites, État, fonction publique.
- Il garde le cap. Il fixe la direction pour quinze ans et laisse le gouvernement gouverner. Il réforme avec méthode, génération par génération, sans brutalité, et ne se laisse pas embarquer au premier orage.
- Il sait se remettre en question. S’il se trompe, il le reconnaît et corrige. S’il perd la confiance du pays, il en tire les conséquences. Et il vit sous les règles qu’il impose.
- Il voit loin. Son horizon : une France libre et autonome, une France industrieuse, une France qui donne un avenir à ses enfants.
Le but final : relever le pays sans le briser.
Le défi, pour une telle personne : être élue dès le premier tour, si possible avec 60 % des voix. Ne pas être le meilleur second, mais le meilleur premier.
Certains diront que c’est impossible. Le pays est dans le mur : c’est justement le moment de nous regrouper.
