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Chômeur après 50 ans

Depuis quarante-cinq ans, la France traite le chômage avant la retraite par la sortie : on fait partir les seniors plutôt que de créer des emplois. Les statistiques du chômage y gagnent. Le pays y perd. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles nous sommes partis dans le mur.

On a surtout camouflé le chômage, on ne l’a pas résolu

Chômeur après 50 ans, vous en connaissez peut-être. On leur a dit qu’il était trop tard pour se reconvertir, qu’il fallait patienter jusqu’à la retraite, qu’un dispositif vous accompagnerait jusque-là.

Ce n’est pas un accident. Depuis quarante-cinq ans, la France traite le chômage avant la retraite par la sortie : on fait partir les seniors plutôt que de créer des emplois. Les statistiques du chômage y gagnent. Le pays y perd. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous sommes partis dans le mur.

Le réflexe : sortir les seniors des statistiques

Dans les années 1980, face à la montée du chômage, on a choisi la solution la plus indolore. Retraite à 60 ans en 1982, puis préretraites, puis dispense de recherche d’emploi : un chômeur de plus de 55 ans pouvait cesser de chercher et disparaître des chiffres, indemnisé jusqu’à la retraite. Cette dispense n’a été supprimée qu’en 2012.

Pour donner un exemple : en 1995, le taux de chômage officiel s’affichait près de 10%, en reconstituant le taux des personnes au chômage, celles sorties des statistiques et celles qui auraient voulu travaillé, nous avons trouvé autour de 19 %. Un chiffre tel, qu’aune majorité politique n’aurait pu tenir longtemps, donc les responsables ont inventé des cases, pour jouer avec la norme du BIT et éviter que la population ne sache la vérité.

Personne n’a parlé de camouflage, à cette époque. On disait accompagnement, traitement social du chômage. Mais le résultat est là : on a appris aux entreprises à se séparer des plus de 50 ans, et aux plus de 50 ans à ne plus compter sur un emploi. Aujourd’hui encore, un chômeur après 50 ans met en moyenne bien plus longtemps que les autres à retrouver du travail.

L’idée fausse : faire partir plus tôt ferait de la place aux jeunes

L’idée est tenace : plus les anciens partiraient vite, plus il y aurait de places pour les jeunes. C’est faux, et on le sait depuis longtemps.

Trois économistes, Jonathan Gruber, Kevin Milligan et David Wise, ont comparé douze pays (NBER, 2009). Leur conclusion : aucune preuve que pousser les seniors vers la sortie libère des emplois pour les jeunes. En Allemagne, une loi de 1972 a fait chuter de 7 points l’emploi des 55-64 ans. L’emploi des jeunes a baissé de 2 points, leur chômage a augmenté de 1,7 point. Et les pays où l’emploi des seniors a le plus progressé sont aussi ceux où celui des jeunes a le plus progressé.

Pourquoi ? Parce que l’emploi n’a jamais été un gâteau de taille fixe. Un salarié qui part, c’est une charge de plus pour ceux qui restent, donc moins d’embauches. Et une entreprise ne recrute pas un jeune à la place d’un ancien : elle supprime le poste, le délocalise ou l’automatise.

Ce que cette stratégie nous a coûté

En 2024, 60,3 % des 55-64 ans ont un emploi en France, contre 75,2 % en Allemagne et 78,1 % en Suède. La moyenne européenne est de 65,2 % (Insee, 2025).

Cet écart, ce sont des millions d’années de cotisations qui ne sont pas versées, et que d’autres financent. Dans notre calcul des 7 200 milliards, la seule ligne « chômage, préretraites, famille, logement, pauvreté » pèse environ 800 milliards d’euros.

On a donc payé deux fois : pour faire sortir les seniors, puis pour compenser les emplois que leur sortie n’a pas créés.

Que faire ?

On ne règle pas le chômage en le cachant. Il faut créer des emplois, donc redonner à la France sa production. Et garder au travail ceux qui le veulent et le peuvent : formation, postes adaptés, temps partiel progressif avant la retraite.

C’est l’une des leçons du livre le portrait-robot du président. Le pays ne se redressera pas avec quelqu’un qui maquille les chiffres. Il lui faut quelqu’un qui dise la vérité sur le chômage, y compris celui des plus de 50 ans.

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Sources

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