Réunion publique 11/01 – Biodiversité et rapport à l’animal

Pour cette 6ème réunion publique thématique de notre collectif « Reprenons la main », Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214, et Sébastien Florès, ingénieur agronome montreuillois, nous ont fait le plaisir d’introduire les débats.

En guise d’avant-propos, Amin MBARKI est à nouveau revenu sur la démarche du collectif « Reprenons la main ». Ce dernier part d’un constat : on ne parle pas assez des sujets qui comptent, des sujets du quotidien. L’idée est qu’à travers une série de rencontres, on puisse parler de ces sujets, que les citoyens puissent s’exprimer et qu’on puisse relayer cela. Cette rencontre est la 6ème,  sur le sujet notre rapport à l’animal et de la biodiversité, deux sujets très liés. On ne pas parler de l’un sans évoquer l’autre. Et ainsi, Amin a indiqué qu’avec Reprenons la Main nous avons souhaité évoquer ces sujets et ne pas les considérer comme des sujets secondaires.

Brigitte a ensuite rappelé son rôle de porte-parole de l’association et cofondatrice de l’association et précisé que les thématiques que travaillées par Reprenons la main sont intimement liées à celles de son association. Et notamment l’altruisme, qui concerne évidemment les animaux. Pour Brigitte, il y a chez les animaux de l’empathie, du machiavélisme… Tout ce qu’on croyait être le propre de l’Homme se retrouve très souvent chez les animaux.

L214 concentre son action sur les animaux qui sont exploités pour la consommation de l’Homme. 

On connait l’association à travers les images choquantes qu’elle diffuse. Elle indique par ailleurs que 95% de l’élevage des cochons par exemple se fait dans les conditions que l’on a montrées et que le broyage des poussins, montré en 2014, a permis de faire avancer le débat mais sans réelle concrétisation encore, d’où le besoin de continuer à mettre l’accent dans l’opinion publique sur le sujet.

Le second aspect de son association est aussi de faire changer les comportements de consommation. S’il y a des élevages intensifs c’est parce qu’on consomme intensivement. Sa proposition est donc simple : réduire de 50% notre consommation de produits issus de l’exploitation animale.

Pour elle, les élevages intensifs sont de véritables bombes sanitaires potentielles. Et bien sur, la question de l’élevage et de l’abattage a aussi des implications chez les gens qui travaillent dans ces structures (taux de suicide, endettement…). 

Elle conclue ce propos introductif en posant cette question, : on sait se nourrir autrement qu’en ayant recours à des produits animaux, pourquoi continue-t-on de le faire ? Il y a une urgence écologique, une urgence éthique… Il est temps d’amorcer ce virage, de s’interroger collectivement : au lieu de les considérer comme des ressources, ne peut-on pas leur confier une place à notre côté, comme des co-habitants de notre planète. 

C’est ensuite Sebastien qui a pris la parole. Ingénieur agronome, il a rappelé que le mot « biodiversité » est un mot nouveau, qui a une quarantaine d’années seulement. Il a été créé dans les années 80 et si on le rapproche de la Nature, ce n’est pas tout à fait pareil. Il a pris cette exemple : le vivant est comme un pull, on peut perdre quelques mailles mais ce n’est pas sans conséquences. Le poids de l’Homme et de ses espèces domestiquées, c’est 20x plus que l’ensemble du vivant sur Terre. 

Pour lui, traduire cela dans des politiques publiques, ça a des implications, notamment philosophiques. On doit reprendre pied dans notre environnement et la biodiversité est le support de nos sociétés : beaucoup d’aspect de nos économies reposent sur l’état de santé de nos environnements.  

C’est d’abord notre environnement en bonne santé qui permet de fonder une société. En 1992, le Sommet de Rio a décidé d’en faire un sujet de politiques publiques, et c’est à partir de cette date qu’on a créé les COP chaque année. Avec une plus importante que les autres, tous les 5 ans, mais aussi des COP biodiversité. Celle de cette année doit être hébergée par la Chine… 

Sébastien a rappelé que la Stratégie Nationale de la Biodiversité est notre texte directeur sur le sujet. En 2007, le Grenelle de l’Environnement a permis d’établir une nouvelle stratégie sur le sujet, qui n’est plus qu’étatique mais aussi collectivités territoriales, entreprises… 

Pour lui, il a 5 sujets de pression sur la biodiversité : 

1/ Les pollutions (air, eau, sol, micro plastiques…) 

2/ la prédation (l’exploitation des milieux, la chasse et la pêche)

3/ les espèces invasives (animales ou végétales)

4/ le changement climatique 

5/ l’atteinte aux milieux (l’artificialisation principalement), c’est la plus sérieuse atteinte 

Chaque année la LPO organise le suivi temporel du stock des oiseaux communs qui constate le déclin de nos espèces. 

La même chose existe pour les insectes. Il y a moins d’espèces et on a perdu 30% des stocks. 

L’enjeu c’est d’en prendre connaissance. 

C’est ensuite la salle qui a pu s’exprimer. Certains ont parlé de la déforestation amazonniene, et le lien avec cest pour faire de l’élevage ou des cultures. La France est le premier pays importateur de soja du Brésil…Quand on consomme végétal on produit 6x moins de GES que lorsqu’on consomme de la viande. Europe, Amérique du Nord, Russie, Australie : la superficie totale des espaces liés à l’exploitation de la viande. 

La proximité génétique des animaux d’élevage est tellement importante que si un virus arrive à contaminer un individu, il y a une flambée quasiment instantanée. 

D’autres ont indiqué que Si on n’a pas de vision globale de ces problématiques, on sera en difficulté. Qu’il y a une sorte d’invisibilité du quotidien (hors crises ou catastrophes). Comme si on vivait seuls sur notre planète. Dans ce constat, l’école, l’éducation c’est bien mais les médias ont leur rôle à jouer. 

Brigitte a rappelé que si tout le monde consommait comme un Français, ça serait la catastrophe. Un Chinois consomme moins de viande qu’un Français. L’objectif de la Chine est de réduire de moitié sa consommation de viande d’ici quelques années. Notre planète peut nourrir 10 milliards d’être humains mais pas 10 milliards de consommateurs de viande. 

Par ailleurs, il est vrai que les médias sont focalisés sur les ping-pongs de petites phrases… Il est donc nécessaire que les candidats à la présidentielle se saisissent de ce sujet sur le fond Une proposition : la création d’un ministère du bien-être animal. En Belgique, ils ont commencé avec un délégué à la condition animale dans chacun de leurs trois gouvernements. 

Comment faire bouger les lignes ? Sebastien a expliqué que Le patron du MEDEF a dit qu’une pétition des élèves ingénieurs disant qu’ils ne rejoindraient pas des entreprises climaticides a fait plus bouger les lignes que certaines lois… Hélas à ce jour, le poids des lobbies. La FNSEA, les banques (qui préfèrent prêter aux éleveurs intensifs), l’Europe (idem) reste très fort. Mais les choses avancent rapidement : 9 Français sur 10 sont contre l’élevage intensif par exemple.

Et sur cette note optimiste, les débats se sont clos.

Merci à toutes et tous !

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