Le « meilleur second » cherche à être celui qu’on redoute le moins. Le meilleur premier cherche autre chose : être celui qu’on choisit.
La différence tient en une question. Le meilleur second se demande : « Contre qui vais-je rassembler ? » Le meilleur premier se demande : « Pour quoi vais-je rassembler ? »
Sous la Ve République, aucun président n’a jamais été élu au premier tour. Pas même le général de Gaulle, en 1965. Notre vie politique s’est organisée pour qu’on n’ait jamais besoin de convaincre une majorité dès le premier tour : il suffit d’arriver dans les deux premiers, dans le bon ordre. Le premier tour est devenu un tour de qualification. Le vrai choix est repoussé de quinze jours, et il se fait par élimination.
Or le premier tour est le seul moment où le pays parle librement. Personne n’y est encore obligé de faire barrage. Chacun peut dire ce qu’il veut, et pas seulement ce qu’il refuse. C’est là, et seulement là, qu’un mandat peut naître.
Être le meilleur premier, ce n’est pas arriver en tête avec 25 %. C’est rassembler, dès le premier tour, assez de Français autour d’une direction commune pour que le second tour devienne inutile.
Cela suppose de renverser l’ordre habituel des campagnes.
D’abord la France, ensuite le candidat. On ne commence pas par chercher un sauveur. On commence par savoir quel pays nous voulons : ce que nous voulons produire, ce que nous voulons protéger, ce que nous acceptons de payer, ce que nous refusons de laisser à nos enfants.
D’abord l’essentiel, ensuite les mesures. Un catalogue de cent propositions divise. Quelques choix essentiels rassemblent. Le meilleur premier ne promet pas tout à chacun ; il dit clairement où il va, et chacun peut juger ses décisions à cette aune.
D’abord l’adhésion, ensuite l’élection. Le meilleur second se fabrique dans les sondages et les consignes de désistement. Le meilleur premier se construit en amont, en allant chercher ceux qui ne votent plus, ceux qui veulent tout dégager, ceux qui se sont repliés sur eux-mêmes, et ceux, nombreux, qui votent encore mais n’y croient plus.
Ce n’est pas une utopie. Un président élu au premier tour aurait ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a eu depuis longtemps : un mandat clair. Il pourrait dire : « Vous m’avez élu pour cela. » Et le citoyen pourrait lui répondre : « Oui, et nous vérifierons que vous le faites. » Le malentendu qui ronge chaque quinquennat — le président qui croit avoir un mandat, le pays qui pense ne l’avoir jamais donné — disparaîtrait.
Cette légitimité aurait une contrepartie. Un pouvoir élu sur une direction doit rendre des comptes sur cette direction. Le Parlement doit contrôler, les comptes doivent être publiés, les procédures d’exception doivent redevenir exceptionnelles. La force d’agir et la force de contrôler vont ensemble.
Reste la question du seuil. Combien faut-il être pour qu’un premier tour vaille décision ? Plus de la moitié, pour gagner. Mais pour transformer un pays pendant dix ou quinze ans, sans que tout soit défait à la première difficulté, il faut davantage : une majorité assez large pour que le compromis soit réel, et assez solide pour que la décision tienne.
C’est ce que nous appelons oser 60 %.