« Travailler moins pour vivre mieux » : poser le bon diagnostic sur l’avenir du travail

À nouveau, vous étiez nombreux pour cette troisième réunion publique thématique de l’association « Reprenons la main ». Après l’éducation le 9 novembre et l’altruisme le 22 novembre, la soirée du 30 novembre, dans le quartier Bas Montreuil République, était consacrée à un sujet tout aussi important, dans nos vies d’aujourd’hui et de demain : le travail.

Quelques mots d’introduction

Nous avons eu le plaisir d’accueillir pour introduire les échanges la chercheuse Céline MARTY, autrice de l’ouvrage Travailler moins pour vivre mieux, publié en octobre 2021. Elle a, en début de réunion rappelé les principaux axes de son ouvrage. D’abord, elle a insisté sur l’idée que la place du travail telle que nous la connaissons aujourd’hui est relativement récente : avant le 18ème siècle, le travail n’était pas facteur à la fois de subsistance et de hiérarchie social ; au contraire, le travail était avant tout quelque chose d’ingrat, réservés à ceux qui n’avaient pas les moyens de vivre autrement. L’évolution vers un système productiviste, où l’accroissement de la masse de main d’œuvre est rendu indispensable, va faire rentrer notre rapport au travail dans une logique différente. Il devient désormais une part substantielle de notre identité même, de la façon même dont on se présente à autrui. Son caractère central a permis à une majorité d’entre nous de pouvoir correctement subvenir à nos besoins, grâce aux revenus que ce travail engendre (nonobstant la part toujours trop importante de personnes au chômage ou très éloignées de l’emploi).

Toutefois, cette part centrale du travail possède aussi un revers lourd : elle entraine l’impossibilité, pour beaucoup, de tout simplement « faire autre chose », à la fois stimulant intellectuellement ou nécessaire pour autrui. Les activités associatives, le temps pour soi et sa famille, la réalisation d’un projet personnel au long cours… pour beaucoup, la nécessité de consacrer son temps, voire davantage, au travail empêche toute autre activité et le rend quasi aliénant. D’où le fait que depuis quelques années émergent des idées pour réduire cette place, à la fois en raison de cette situation, mais aussi d’une raréfaction croissante du travail, des intellectuels cherchent à penser le travail autrement. Certains proposent un revenu universel, d’autres une nouvelle réduction du temps de travail (32h ou 28h) etc … le débat est donc lancé !

Changer le travail oui … mais augmenter les salaires à court terme

Dans la salle, beaucoup reviennent sur les propos défendus en insistant sur le fait qu’à long terme il est évident que le travail, notamment en raison du progrès technologique, devra et pourra se faire moins présent dans nos vies ; qu’il pourra être mieux partagé et donc concerner davantage de personnes. Toutefois, à court terme, l’enjeu réside dans la capacité de notre société, pour beaucoup, à assurer rapidement un travail et une hausse des salaires. Il serait difficile d’envisager une évolution fondamentale de notre rapport au travail si, dans l’immédiat, il n’est pas déjà vu comme une activité permettant de subvenir à ses besoins.

Le temps long de la transformation ne doit pas empêcher le temps court de la revalorisation du travail par une meilleure adéquation entre salaire et utilité sociale. Beaucoup sont ainsi revenus sur le fait que des métiers pouvaient être très bien rémunérés, parfois au-delà de la décence, sans toutefois apporter une plus-value significative pour la société. Voilà quelque chose que l’on peut changer concrètement via des augmentations de salaires pour les métiers à forte « valeur ajoutée sociale », notamment les métiers du soin et du lien.

Peu de personnes dans la salle se sont attardées sur la réglementation du marché du travail, les règles fixant les contrats de travail etc … L’idée étant de s’attarder sur des constats plus généraux mais fondamentaux. Ces constats ont largement nourri le débat, entre celles et ceux estimant nécessaires d’avancer rapidement vers une vision très ambitieuse du travail, et celles et ceux voulant changer la vie maintenant, et au moins pour les plus modestes.

Des débats qui font la richesse des échanges au sein de Reprenons la main !

RDV dans quelques jours, le mardi 14 décembre, pour un nouveau débat, sur les questions de sécurité !

A bientôt !