Retour sur la présentation du 18 octobre et le lancement de l’association « Reprenons la main » !

Nous étions nombreux à Montreuil le 18 octobre dernier pour la présentation du Manifeste pour une Échelle Humaine ! Beaucoup de personnes curieuses, d’autres déjà plus engagées, mais toutes désireuses, l’espace d’un soir, de débattre de sujets de fonds pour demain. 

Oui, ce manifeste, fruit d’un constat partagé du besoin de retrouver un projet de société commun pour éviter les fractures, est avant tout un acte de non-résignation. Il porte la conviction que demain peut être meilleur qu’hier, à condition que nous nous interrogeons en profondeur sur le mal que nous connaissons aujourd’hui, reflété par un débat public devenu totalement chaotique.

Le sens perdu

Cette présentation s’est donc déroulée d’abord en trois temps. Amin MBARKI, élu de Montreuil, cosignataire du manifeste et initiateur de cette rencontre, a dressé quelques grands constats, que l’on retrouve au début du Manifeste. Notre société, depuis au moins 1989, se perd dans l’individualisme de plus en plus exacerbé faute d’un projet de société structurant. La fin de l’histoire promise cette année-là, l’ouverture sans limite de tous les cadres (frontières, numériques, finance, mondialisation …) a fait perdre un nombre important de repères à notre société. Ces éléments sont à la racine de cette fragmentation du débat public et notre impossibilité de construire des constats partagés. Il y a urgence à reposer un constat clair sur ce que nous vivons, mettre les mots justes et ne pas se précipiter tout de suite à l’ébauche de propositions qui ne seront jamais appliquées si un consensus partagé n’est pas établi.

Etre républicain

C’est en ce sens que le projet de société que le Manifeste porte s’articule autour de trois grands pilier, racines nécessaires pour avancer. Amin MBARKI a pu évoquer le premier, celui de la République.

Un mot trop souvent employé mais vidé progressivement de son sens originel. La République, c’est d’abord un retour clair de la puissance publique. Depuis trop longtemps l’Etat s’est désengagé, au gré des contraintes budgétaires, de la montée en puissance de multinationales omniprésentes, ou tout simplement d’une dépossession volontaire de ses prérogatives au profit du secteur privé. Une République retrouvée, c’est une République qui marque sa présence, qui n’intervient pas selon des logiques comptables mais politiques, en mettant en adéquation son financement à la hauteur de ces nécessités. De même, cette République doit avant tout être universelle. Elle ne s’applique pas qu’à certaines personnes, n’oublie personne et n’accepte aucune règle au-dessus d’elle, surtout religieuse. La République comme ciment s’est donc l’application concrète et réelle de la loi de 1905 et de sa définition de la laïcité. Enfin, l’école doit retrouver sa place centrale de creuset républicain, où chacun doit pouvoir, effectivement, recevoir une éducation, un savoir et des valeurs communes sur tout le territoire. La république s’est faite par l’école au cours de la IIIème république, elle doit se reconstruire aussi par l’école.

Etre écologiste

Ce pilier républicain, ciment pour aujourd’hui, va de pair avec un second pilier, celui de l’écologie, notre horizon pour demain. Chloé RIDEL, cosignataire du manifeste et directrice adjointe de l’Institut Rousseau, nous a rappelé à quel point notre rapport à l’environnement doit être changé. Nous le savons : la marche vers le progrès doit aller de pair avec la soutenabilité de notre action. Il n’est plus question de continuer un aveuglement parfois généralisé sur l’impact que nous causons à notre environnement : il s’agit aujourd’hui de réussir à faire que demain soit meilleur qu’hier sans que notre planète soit en péril. Tout, dans nos politiques, doit et devra être regardé à l’aune de cet équilibre, qui ne doit pas, comme l’a rappelé Chloé RIDEL, nous emmener vers un appauvrissement de ceux qui sont déjà les plus modestes. La prise de conscience est croissante, notamment au sein de la jeune génération ; elle doit être maintenant très large et forgé un horizon positif pour demain.

Etre altruiste

Enfin, Nicolas BERTRAND directeur général d’Emmaüs Alternative, dont les locaux sont basés à Montreuil, est venu nous parler d’une troisième valeur, remède si nécessaire au mal que l’individualisme grandissant nous fait : l’altruisme. A travers des exemples concrets de son association, et les histoires de plusieurs personnes qui ont bénéficié de l’aide d’Emmaüs, il a replacé le mot d’altruisme dans un cadre concret. Il a pu montrer qu’il est possible de consacrer du temps à l’autre, et que cela contribue à donner un sens à notre vie en commun. Les solidarités ne peuvent dépendre que de liens familiaux ou personnels, ils doivent irriguer toutes les relations sociales et traduire, concrètement, une cohésion sociale qui semble de plus en plus perdue. Emmaüs, dans ce domaine, fait un travail formidable.

Echanges avec la salle … et lancement d’un collectif pour continuer !

Les échanges étaient nombreux et nourris ! Entre des questions à poser aux intervenants, des remarques sur le Manifeste, ou encore des témoignages sur des sujets du quotidien à Montreuil, les débats ont permis de parler des vrais sujets, et d’évoquer les difficultés, les réelles préoccupations, les motifs d’espoir, aussi.

Montreuil est d’ailleurs une de ces villes où les mots de ce Manifeste résonnent le plus, entre une forte présence associative, une prise de conscience historique et concrète des enjeux climatiques, une solidarité qui n’est plus à démontrer … Mais c’est aussi un territoire avec ses difficultés, un taux de chômage à près de 20%, un taux de pauvreté deux fois supérieur à la moyenne nationale, des quartiers qui accumulent les contraintes et, parfois, la résignation qui pointe. Des sujets certes locaux, mais qui dépendent très largement de politiques nationales, et c’est aussi un des constats dressés. Lorsqu’il manque des effectifs pour assurer la sécurité des habitantes et des habitants, comme cela a été dit par certaines personnes, c’est localement que la vie est toujours plus pénible, alors que c’est à une échelle nationale que la décision se prend !

Oui, il nous faut donc sortir des débats stériles que l’on nous impose tous les jours dans les médias et évoquer ces sujets qui nous intéressent vraiment. Et c’est ce que nous avons décidé de continuer à faire, en nous disant, ensemble, « Reprenons la main » !

Oui, reprenons la main sur les grands enjeux de notre territoire et de notre pays, et ne nous laissons pas voler le débat public au cours des échéances électorales à venir.

Sur la base des premiers grands constats posés par le Manifeste pour une Echelle Humaine, et à travers une association au nom de « Reprenons la main », continuons ces grandes délibérations, sur notre territoire, et sur les sujets nationaux et non uniquement locaux. Allons dans chaque quartier débattre des constats que nous faisons et commençons à réfléchir à des propositions !

C’est ainsi que cette réunion publique s’est terminée, en actant la création de cette association « Reprenons la main », et en se donnant rendez-vous le 9 novembre prochain pour un premier temps d’échange. Infos à suivre prochainement !