Repenser notre système éducatif pour accueillir et faire réussir tous les élèves

Parler d’Ecole, c’est parler des 12,3 millions d’élèves qui la fréquentent et des 61 500 établissements qui la composent, sans oublier les 866 500 professeurs qui la font vivre. Elle est au cœur de notre société, parce qu’elle est au cœur de notre idéal républicain et parce qu’elle façonne le destin des individus. Alors comment a-t-elle pris cette place ?

Tout au long du 20ème siècle, le temps passé à l’Ecole a augmenté et s’est allongé. Elle joue à la fois un rôle d’intégration, de socialisation et de construction du destin social des individus, à travers la distribution des diplômes. Mais en se massifiant, elle a récré une diversité de parcours qui trie et classe les élèves, renforçant ainsi les inégalités sociales. Si ce n’est bien sûr pas notre système éducatif qui est à l’origine de ces inégalités, il accentue les écarts. Les enquêtes PISA sont sans appel : la France est le pays où le milieu social influe le plus sur la réussite scolaire et l’orientation. Car quand il s’agit de construire son parcours (options, filières…), les connaissances et codes acquis par les classes supérieures favorisent les élèves qui en sont issus. La ségrégation au sein des établissements est aussi très forte.

Éducation - montreuil

Pourtant l’illusion de la méritocratie, qui repose sur l’idée que chacun mérite le diplôme obtenu et la place qu’il l’occupe par son seul travail, est encore tenace. Pour ne pas bousculer ce modèle qui ne profite qu’à quelques-uns, différents dispositifs autour de l’école se mettent en place pour responsabiliser les jeunes et leur famille de leur résultats scolaires et parfois de l’échec (ex : remise à niveau). Mais quand un élève est en difficulté, n’est-ce pas d’abord à l’institution scolaire de trouver les leviers pour l’accompagner ? Pourtant elle se désolidarise, en laissant de nombreux enfants et jeunes sur le bord du chemin. Alors comment faire évoluer la situation et renouer avec la promesse républicaine d’une Ecole égalitaire émancipatrice ?

C’est avec ces éléments introductifs apportés par Isabelle Susset, que se sont lancés les échanges de cette réunion proposée par l’association « Reprenons la main ». L’objectif : amener chacun à débattre et participer à la construction de propositions pour nos décideurs politiques. Plusieurs problématiques ont été soulevées : manque de moyens et de formation pour l’accueil des enfants à besoins éducatifs particuliers (ex : handicap, EIP…), peu d’accompagnement dans la construction du parcours ou pour aider les élèves en difficulté (ex : suppression des RASED), orientation subie, manque d’enseignants et précarité croissante pour les contractuels, académies ou villes sous-dotées comme à Montreuil, où de nombreux enseignements ne sont pas remplacés… Les premiers de cordées réussissent et les autres se « débrouillent ». L’Etat fait le « minimum » mais ne vise pas la réussite pour tous. C’est pourtant ce que l’on attend de nos dirigeants.

Les premiers de cordées réussissent et les autres se « débrouillent ». L’Etat fait le « minimum » mais ne vise pas la réussite pour tous. C’est pourtant ce que l’on attend de nos dirigeants.

Redonner du sens

A quoi sert l’Ecole ? A quoi prépare t’on les élèves ? Ce sont autant de questions qui ont occupé cette soirée débat. Il en ressort deux enjeux qui doivent guider l’action publique : former les citoyens et acquérir les connaissances, savoirs-être et savoir-faire nécessaires pour s’insérer dans la société, notamment à travers une activité professionnelle. Les élèves ont besoin de développer leur esprit critique et de comprendre le monde pour agir ensuite sur lui. Or l’Ecole a peu évolué et peine à transmettre et faire vivre les valeurs de la République. Pour pouvoir se projeter, les élèves ont besoin d’apports théoriques mais aussi pratiques. Or l’Ecole manque de temps et de lieux pour confronter ce qu’on apprend avec le « réel ». Beaucoup d’enfants et de jeunes se demandent à quoi servent ce qu’ils apprennent. Certains diplômes paraissent vides de sens. Il convient aussi d’ouvrir pour tous des perspectives, quel que soit son milieu social, son lieu d’habitation, sa situation de vie ou de santé. Or certaines filières s’apparentent à des voies de garage. A travers la crise sanitaire que nous traversons, certains métiers ont révélé tout leur sens en termes d’utilité sociale, mais ce sont aussi ces métiers qui sont souvent mal reconnus. Comment les élèves peuvent s’y projeter quand une hiérarchie existe entre les filières, puis les secteurs et types d’activités ? L’Ecole sur ce point a un rôle à jouer. Il s’agit d’ailleurs d’un enjeu de citoyenneté. Car comment être un citoyen épanoui quand son activité est dévalorisée ? Ou qu’on n’a pas choisi son orientation ?

Les élèves ont besoin de développer leur esprit critique et de comprendre le monde pour agir ensuite sur lui. Or l’Ecole a peu évolué et peine à transmettre et faire vivre les valeurs de la République, elle manque de temps et de lieux pour confronter ce qu’on apprend avec le « réel ».

Fournir des moyens à la hauteur des enjeux

Les participants ont pointé à plusieurs reprises le manque de moyens mais aussi l’inégale répartition des ressources, particulièrement visible en Seine Saint Denis. Cela a des conséquences sur le quotidien des élèves et leurs chances de réussir. Ils ont aussi abordé le problème de la fracture numérique, dénoncée pendant la crise sanitaire mais qui semble avoir été oubliée désormais. Elle n’est pourtant pas nouvelle et pénalise les élèves les plus défavorisés. Ces inégalités engendrent parfois de l’évitement scolaire, les parents fuyant les établissements mal dotés pour chercher de meilleures conditions d’apprentissages pour leur enfant. Enfin ce manque de moyens pèse sur les enseignants, dont le pouvoir d’achat et les conditions de travail se dégradent, en particulier pour les contractuels de plus en plus nombreux.

Repenser notre système éducatif pour accueillir et faire réussir tous les élèves

La question des moyens rencontre celle de leur utilisation et du fonctionnement de notre Ecole. Les familles comme les élèves y sont trop peu associés. Les parents sont généralement appelés quand il y a un problème, ce qui génère de la défiance. Ils sont aussi trop peu informés sur les voies d’orientation ou comment accompagner leur enfant. Ils sont pourtant des acteurs éducatifs indispensables pour la réussite des élèves mais aussi l’amélioration de notre système éducatif. Il convient également d’agir sur la prévention de l’illettrisme et échec scolaire, croissant avec les périodes de confinements. Mais bien souvent, l’approche des politiques scolaires est la réparation de l’échec, que l’Ecole a elle-même fabriquée. Il n’y a pas suffisamment de diagnostic posé, de projet individualisé pour l’élève au sein de la classe, pour favoriser sa motivation et s’adapter à ses besoins. La mixité est aussi un levier de réussite de tous, souvent peu valorisé. Elle favorise pourtant l’apprentissage du vivre-ensemble et la réussite de tous. En effet, des études montrent que c’est la diversité de la classe qui tire tous les élèves vers le haut. La formation des enseignants a été abordée comme une réponse aux différentes problématiques soulevées. Aujourd’hui, elle ne prépare pas suffisamment les professeurs à leur métier et aux défis qui se posent à eux (animation de classe, approche pratique des apprentissages…).  

Cette réunion, composée de parents, de professionnels de l’éducation, d’élèves et d’anciens élèves…, a permis d’aborder les principaux enjeux qui traversent notre Ecole et dégager des pistes d’actions. Elle servira à nourrir un manifeste qui sera réalisée localement pour faire entendre la voix Montreuillois. Un grand merci aux participants pour leur présence, leurs témoignages et leurs analyses !

Découvrez nos derniers articles