L’altruisme est le souci désintéressé du bien d’autrui

Retours sur la rencontre du 22/11 organisée par l’association « Reprenons la main ! ».
L’un des principaux maux de notre société réside dans l’individualisme parfois exacerbé que nous vivons ou subissons depuis près de trois décennies. Dans une société fracturée et divisée, l’altruisme est une notion centrale pour de nouveau faire société. Parlons en ensemble !

Dans nos sociétés nous vivons de plus en plus les uns à côté des autres et les liens sociaux, de proximité, se sont distendus voire franchement relâchés. Partant de ce constat et de cette intuition nos échanges lors de cette réunion ont évolué entre un état des lieux, les manques mais aussi les possibilités de faire renaître, de développer cette qualité des rapports sociaux à échelle humaine.

L’altruisme est le souci désintéressé du bien d’autrui, une capacité à se dévouer même jusqu’au sacrifice. Mais où commence l’altruisme ? Est-ce une qualité innée qui peut aussi bien disparaître qu’être éduquée au cours de la jeunesse ? L’altruisme commence-t-il avec un simple don ponctuel ? La notion de désintéressement exclue-t-elle les métiers salariés, nombreux de la santé au social, des services à la personne ?

Le constat partagé d’un individualisme envahissant, pose la question de la fabrique de l’égoïsme à travers tous les services de consommation qui personnalisent exagérément la moindre relation. La place dans nos vies de cet autre, de celui que l’on ne connaît pas, se réduit, au profit de celui que l’on connaît ou que l’on croit connaître. L’engagement altruiste est aussi affaire de disponibilité, de temps à consacrer physiquement et non virtuellement. Il est souvent difficile de trouver ce temps quand on est étudiant, ou salarié, ou avec des enfants, avec des transports longs et fatigants, …  Les associations, vecteurs de cet engagement, sont nombreuses en France et particulièrement à Montreuil. Les difficultés y sont nombreuses : peine à recruter de nouveaux bénévoles, vieillissement des administrateurs, perception parfois difficile de l’utilité et de la pérennité des actions entreprises, visibilité et compréhension de l’organisation de la puissance publique dans ses rapports au monde associatif et au bénévolat, sentiment de remplir des missions de service public sans réelle reconnaissance. Mais sans ces acteurs associatifs, sociaux, voire médicaux, que devient la cohésion sociale ? Les espaces d’apprentissage, de découverte de l’autre et de développement de l’altruisme sont des espaces collectifs.

Avec l‘individualisation et la personnalisation des rapports sociaux ces espaces tendent à s’atomiser, à se spécialiser et à disparaître (les séjours de vacances pour les enfants entre autres). Des freins à l’altruisme existent aussi. De l’égoïsme à l’ignorance, voire à la défiance, en passant par le sentiment d’impuissance ou d’incompétence. Existe-t-il encore un socle commun de valeurs ou bien assiste-t-on, là aussi, à une individualisation des valeurs, et peut-être à leur disparition ? Et quelle peut être la place de l’école dans l’émergence de ces comportements altruistes ? Enfin, la jeunesse est en capacité de s’engager, mais probablement selon de nouvelles modalités et pour répondre à de nouveaux besoins comme l’urgence climatique.

Pour retrouver une échelle humaine, fraternelle et in fine altruiste, des solutions sont déjà en place, sont à développer et surement d’autres à inventer. Retrouver du vécu collectif semble un préalable. L’école peut y participer mais ne peut pas tout. Un service civique volontaire existe ; faut-il le rendre obligatoire ? Des plateformes sur internet proposent des recrutements de bénévoles (benevolat.fr ou associations.gouv.fr). Il y a un besoin de développer la publicité des associations et de leurs actions, pour se faire connaître et donner sinon l’envie du moins l’idée de s’engager. Sur la nécessité de faciliter cet engagement, il y a éventuellement la création un congé associatif qui s’imposerait aux employeurs.

Une opportunité : le stage de découverte des métiers et de l’entreprise, en 3ème au collège, comment le réformer, tout en gardant son objectif premier, pour favoriser la rencontre de l’autre et peut-être l’altruisme ? La crise sanitaire a montré la capacité de nombre de personnes à se mobiliser rapidement et efficacement pour soutenir leurs concitoyens par des aides diverses, dons alimentaires, etc… Comment accompagner, pérenniser, cette envie (ce besoin ?) d’agir pour l’autre ?

Le constat est donc diversifié et vaste sur les conditions d’apparition, éventuellement d’extinction, et d’exercice de l’altruisme, de l’individu au sociétal. Mais la promotion de cet être altruiste reste possible. Reconnaissance, facilitation, éducation, opportunité, confiance, semble des concepts clés pour renforcer l’émergence de cet être altruiste et donc républicain.